Tilt

TILT, Première Coopérative de Transition Ecologique lancée en 2019 en France (SCIC)
Localisation: Dunkerquois (Grande-Synthe / Dunkerque), Métropole Européenne de Lille (Maison Stéphane Hessel), en cours de déploiement sur le Pas de Calais et plus largement en région Hauts-de-France.
Raison d'être : "créer les conditions concrètes pour que toute personne puisse se reconvertir professionnellement dans une activité économique d’utilité écologique et sociale, dans un cadre coopératif, sécurisé et soutenant."


Modèle économique de la Coopérative Tilt, les formes de RTE mises en œuvre et les logiques contributives

Que recouvre la notion de « modèle économique » ? En référence aux travaux de l’Institut Européen de l’Economie de la Fonctionnalité et de la Coopération et du Club Noé en Région Hauts-de-France, il semble important de bien distinguer deux grandes dimensions du modèle économique d’une entreprise : une dimension réelle du modèle qui renvoie au processus de création et de production de la valeur et de son appropriation par les bénéficiaires ; et une dimension monétaire qui renvoie au processus de capture de la valeur sous forme monétaire. Autrement dit, il importe d’élargir la vision de tout ce qui est produit réellement par l’entreprise. D’ailleurs, dans une perspective de soutenabilité, le modèle économique de l’Economie de la Fonctionnalité et de la Coopération (EFC) appelle l’entreprise à produire des richesses avec moins de ressources matérielles et plus de ressources immatérielles (compétences, engagement, confiance, coopérations...).

Dans une approche EFC, le modèle économique d’une entreprise peut être réfléchi autour de 4 composantes principales : le modèle d’échange (ou de la demande qui renvoie à la prise en compte des attentes, de l’évaluation de la performance, etc.) ; le modèle de production (renvoie aux leviers de productivité, l’organisation du travail, etc.) ; le modèle de gouvernance (les relations entre parties prenantes) ; et le modèle d’affaire (approche financière : captation de la valeur sous forme monétaire).

Comme le souligne Nathalie Bardaille de l’APES, ce cadre de réflexion et d’action autour des 4 composantes appelle surtout « à élargir la focale », à prendre en compte de manière plus globale/systémique les (inter)relations de l’entreprise à ses parties prenantes et au territoire. Dans une perspective de soutenabilité, il est nécessaire d’élargir la question du modèle économique en cherchant à appréhender les « effets utiles » des modalités d’échanges, de production, de gouvernance, qui sont recherchés ou produits réellement. Il ne s’agit pas d’occulter la question de la rentabilité : le modèle d’affaire de l’entreprise. Mais il est surtout nécessaire de ne pas/plus « s’enfermer » uniquement dans ce registre. Les 4 composantes sont à penser ensemble, en interaction/relation. C’est cette vision systémique qui va permettre d’approfondir la question de la rentabilité et des revenus qui peuvent être dégagés de l’activité économique.

La « proposition de valeur » et le cadre d’intervention stratégique de l’entreprise – la raison d’être et d’agir – constituent donc le point de départ, pour ensuite clarifier et caractériser la manière d’organiser le travail, de prendre des décisions, de répondre à des besoins, et de construire la rentabilité de l’activité.

Une Coopérative d'Activités et d'Emplois

Pour tester le « modèle RTE/CTE » conceptualisé par Sophie Swaton, l’expérimentation en cours en Hauts-de-France prend forme au travers d’un cadre juridique bien spécifique : celui d’une Société Coopérative d’Activités et d’Emploi d’Intérêt Collectif (SCIC-CAE).

A l’instar des Coopératives d’Activités et d’Emplois (Loi ESS de 2014), Tilt a pour fonction d’accompagner à l’entrepreneuriat. Toutefois sa spécificité première est d’accompagner à l’entrepreneuriat écologique et solidaire tout en cherchant à prendre en charge la question du revenu et des formes de solidarité à travers la mise en place de « Revenus de Transition Écologique ». En outre, la Coopérative Tilt a mis au cœur de son projet l’expérimentation d’un nouveau modèle économique d’entreprise en lien avec la transition écologique et économique des territoires dans lesquels elle intervient plus directement.

La coopérative propose deux contrats, assimilés à un contrat de travail :
  • le Contrat d’Appui au Projet d’Entreprise (CAPE) : il permet de tester son activité de manière progressive, tout en bénéficiant d’un accompagnement, d’un hébergement juridique et d’une couverture sociale partielle (maladie, retraite, mais sans droit au chômage). Le CA généré par le porteur est facturé au nom de Tilt, ce qui allège les démarches et diminue les risques.

  • le Contrat Entrepreneur-salarié et Associé (CESA) qui est pour ce dernier l’équivalent d’un contrat à durée indéterminée (CDI) : Une fois l’activité suffisamment stable, le porteur de projet devient salarié de Tilt à temps partiel ou complet. Ce contrat donne droit à une couverture sociale complète, y compris au chômage, et permet au porteur.se d’intégrer la gouvernance de la coopérative en tant qu’associé.e.

Accompagner à l'enpreneuriat écologique et social

Si TILT s’appuie sur le statut de la CAE qui a une base légale depuis la loi de 2014, l’approche en terme de “Coopérative de Transition Écologique”, en référence aux travaux de recherche de Sophie Swaton et telle que promue par l’Association Zoein France, amène à réinterroger le modèle de la CAE : résolument orientée sur des activités et des métiers de la transition écologique, à fort ancrage territorial, et inscrite dans une visée de transformation sociétale vers d’autres façons de travailler, de produire, d’échanger et de consommer.

Elle se donne pour mission de créer les conditions concrètes pour que toute personne puisse se reconvertir professionnellement dans une activité économique d’utilité écologique et sociale, dans un cadre coopératif, sécurisé et soutenant. Elle assure un accompagnement à l’entrepreneuriat dans une perspective de redirection écologique des activités économiques. L’économie de la Fonctionnalité et de la Coopération (EFC), promue par l’Institut du même nom, constitue d’ailleurs un cadre de référence pour construire ces nouveaux modèles entrepreneuriaux.

Le but est de rechercher l’épanouissement de l’individu et de renforcer l’engagement de chacun en faveur d’une transition écologique via la quête de sens dans le travail. Ce positionnement stratégique appelle d’ailleurs la Coopérative à nouer des partenariats techniques et financiers ad hoc ; à l’instar du projet d’insertion par l’entrepreneuriat mis en œuvre avec l’Association La Petite Pierre à Coudekerque-Branche (Cf. visite de terrain « Label Epicerie »).

Dernier élément saillant du positionnement stratégique de la Coopérative : l’ambition de contribuer aux projets territoriaux de transition écologique et à la transition économique locale. Cela peut se traduire par l’accompagnement de projets d’activités contribuant au développement de circuits économiques de proximité (activités de restauration et traiteurs), ou réponse à des besoins sociaux locaux (mobilité, alimentation…).

Toutes ces caractéristiques sont les éléments constitutifs du projet économique et politique, d’intérêt collectif, de la Coopérative. Une Charte de Valeurs explicite d’ailleurs la visée transformatrice recherchée par la Coopérative et ses entrepreneurs.

Qui sont les Tilteur.euse.s ?

Tilt s’adresse à toutes personnes qui souhaitent donner du sens à leur activité, contribuer à la transformation écologique et sociale de leur territoire, tout en construisant une viabilité économique. Elle met à disposition :
  • Un accompagnement humain : collectif, individualisé, adapté à chaque parcours
  • Un cadre coopératif, basé sur la confiance, la transparence et la co-responsabilité
  • Des outils financiers innovants : contribution coopérative, revenu contributif interne, micro-financement et avance de trésorerie : ce sont tout autant de formes de RTE actuellement testés au sein de Tilt ;
  • Une logique de co-apprentissage et de recherche-action avec des partenaires régionaux de la recherche et également dans le cadre du réseau Zoein France.
  • La coopérative vise à créer un espace où les porteurs et porteuses de projet peuvent expérimenter, se tromper, recommencer, s’accorder du temps, et s’ancrer durablement dans une activité utile et soutenable.

Objectif : favoriser l’autonomie, la coopération et la soutenabilité des activités à impact.

Les personnes accompagnées par Tilt sont souvent en reconversion professionnelle en quête de sens dans leur travail. Elles viennent d’horizons variés, parfois éloignés de l’entrepreneuriat classique.

Tilt déploie une offre de services complète, évolutive et coopérative, construite autour de trois piliers : l'accompagnement, la vie coopérative et les dispositifs de soutien financier.

Un accompagnement sur mesure, ancré dans la coopération entre pairs

L’équipe adapte les formats et le niveau d’accompagnement aux besoins des entrepreneur.es, qu’il s’agisse de la création de l’activité ou d’une évolution d’activité déjà existante.L'accompagnement inclut :
  • Un suivi individuel régulier assuré par le cercle accompagnement (accompagnement par les pairs, 1 RDV mensuel)
  • Des temps collectifs réguliers : modules de formation, séances de codéveloppement entre les pairs…
  • Un accès à des outils mutualisés : Louty (outil comptable et de gestion commercial), espace de drive, des espaces de co-working
  • Une mise en lien avec des partenaires techniques et financiers, ou encore à des réseaux d’acteurs locaux dans le champs de l’ESS et de la transition écologique.

Un acoompagnement par les pairs
La Coopérative dispose d’une équipe salariée qui assure les fonctions dites supports : suivi sociale et fiscale, comptabilité des entrepreneurs, etc. Au cœur du dispositif d’accompagnement, aux côtés de l’équipe support, des entrepreneur.e.s ayant une certaine antériorité et maturité dans le développement de leur activité entrepreneuriale, mettent à profit leur expérience pour accompagner leurs pairs, de jeunes entrepreneur.e.s en test d’activité au sein de Tilt.

Ce modèle d'accompagnement par les pairs vise à favoriser le croisement de regards, le retour d’expérience du quotidien, renforce l’ancrage coopératif. En 2026, le modèle d’accompagnement de Tilt va évoluer avec le renforcement de l’équipe support. Un.e chargé.e d’accompagnement et de développement assurera ainsi un suivi renforcé des entrepreneur.e.s dont les besoins varient en fonction du stade de maturité de leur projet entrepreneurial. En parallèle, une réflexion sur le pair-à-pair est en cours sur du marrainage/parrainage (développement du réseau, partage sur les freins au développement d’activité...).

Un cadre de référence commun pour accompagner au mieux
Pour soutenir leur mission, les accompagnateur.ices s’appuient avant tout sur un cadre partagé qui s’opère dès l’arrivée d’un.e nouveau/nouvelle accompagnateur.ice. Ce socle regroupe plusieurs repères : la charte de l’accompagnement, la procédure d’entrée en CAPE, la “gare de triage” pour orienter les situations, ou encore le lien avec le cercle soin pour prévenir l’épuisement et repérer les signaux d’alerte. Il est complété par un livret de ressources internes et externes, ainsi qu’un dispositif de formation continue et d’analyse de pratiques.

Enfin, les accompagnateur.ices possèdent également un cadre de référence prenant la forme de balises à suivre lors des premiers mois de CAPE (raison d’être, proposition de valeur, organisation, prévisionnel, modèle économique, rapport au territoire, etc.) et de temps-clés comme le bilan des six mois.

Dans les faits, ce cadre sert moins de grille prescriptive que de boîte à outils commune, dont chaque accompagnateur.ice se saisit selon sa posture et les besoins de l’entrepreneur.e. Cette souplesse permet de garder une cohérence minimale dans l’accompagnement tout en laissant la place à l’expérimentation et à l’adaptation. Pensé comme une boîte à outils plus que comme un cadre prescriptif, ce cadre commun garantit cohérence et adaptation des accompagnements proposés par Tilt.

Contenu de l'accompagnement
1. Suivi individuel personnalisé
Réalisé par des pairs-accompagnateur.ices expérimenté.es de la CAE, l’accompagnement est adapté aux besoins évolutifs des entrepreneur.es : formalisation du projet, stratégie économique, modèle de revenu, ancrage territorial, communication, prospection, réflexivité sur la posture entrepreneuriale, lien avec les ressources de la coopérative.
2. Temps collectifs variés
L’accompagnement est également collectif, la pair-aidance et les compétences de chacun.es sont mobilisées à cet effet. Dans les temps collectifs, nous retrouvons :
  • Modules de formation-actions (voir détails plus bas)
  • Réunions de pairs et cercles de travail et de co-développement
  • Groupes métiers, projets collectifs, marque collective

Ces temps permettent d’expérimenter la coopération, d’échanger des pratiques, de co-construire “du commun” et de renforcer la posture d’entrepreneur-coopérateur.

Les modules de formation proposés
Organisés en plusieurs volets, ils sont issus d’un programme conçu pour répondre aux besoins concrets des entrepreneur.es, avec un socle de base (fonctionnement de la coopérative, gestion comptable et stratégie financière, sensibilisation à un modèle économique soutenable) et complémentaires (approfondissement des modules nouveaux modèles économiques, des modules de communication…). Par exemple :
  • Bases de la gestion d’activité : rentabilité, marges, prix, outils de pilotage
  • Postures entrepreneuriales, développement personnel, confiance en soi

Les formations peuvent être adaptées en fonction des retours des apprenants (questionnaires à chaud) et des besoins identifiés lors des réunions du cercle accompagnement. En 2024, chaque entrepreneur en contrat CAPE a bénéficié entre 21h minimum à 83h, avec une moyenne de 39h d’accompagnement.

Une autre forme d'accompagnement : le cercle soin
Chez Tilt, l’accompagnement dépasse les seuls aspects économiques ou techniques. Le cercle soin incarne cette attention portée aux personnes : espace d’écoute, de gestion de conflits, prévention de l’épuisement, éco-anxiété, il reconnaît que le bien-être individuel est essentiel à la réussite collective et à la durabilité des projets. Chacun.e peut s’en saisir.
Le cercle soin prend en charge :
  • Les temps d’écoute individuels (épuisement, conflits, isolement, équilibre pro / perso / vie de la coopérative),
  • Une attention aux dominations systémiques (formation de 2j en 2024, recherche en cours du format adéquat)

Dispositifs de soutien financier : sécruriser et valoriser l'engagement

Dans son approche spécifique, Tilt cherche également dans le cadre de son accompagnement à répondre aux besoins de financement des entrepreneurs, et s’intéresse volontairement aux conditions de subsistance de ces derniers. Dans l’approche originale et originelle de Sophie Swaton, le RTE est un outil pour lever les freins financiers de départ, des moyens pour renforcer les liens de solidarité dans la construction d’un revenu de subsistance. Eu égard aux besoins réels des premiers porteurs de projets accueillis au sein de Tilt, les formes de RTE en test sont multiples :

  • Avances de trésorerie : en réponse à un besoin en fonds de roulement ; en 2025, l’enveloppe a été de 7 000 € pour une seule entrepreneure. Le cadre est fixé par le montant plafond de 16 000 € (avec un plafond max par entrepreneur de 8 000 €) sur une durée max de 6-8 mois.
  • Micro-investissement : apport multipartite - Til en tant que telle et ses partenaires Club Cigales, Réseau Initiative Hauts-de-France) pour financer des investissements de départ (à titre d’exemple : un vélo cargo, un four à pain…) ;
  • Revenu contributif : valorisation du temps passé au service de la coopérative, rétribué de manière transparente (30–50 €/h, selon le rôle ou la tâche), 943 h en 2024 ont été rémunérées, pour un total de 33 279 €.
  • Soutien financier à la formation sur le statut coopératif (Urscop)
  • Garantie d’une part fixe de revenu : accompagnement à la stabilisation du revenu grâce au statut d’entrepreneur-salarié (250€/mois brut), généré grâce à l’activité de l’entrepreneur.euse et engagement de la Coopérative

Il est à noter que les entrepreneur.es en contrat d’entrepreneur-salarié et associé (CESA) bénéficient d’un filet social de sécurité comme tout salarié en entreprise classique. A ce titre, il ou elle peut prendre un congé maternité/paternité et être rémunéré, bénéficié de congés maladie de même que les avantages de la mutuelle d’entreprise de TILT, avoir accès à ses droits au chômage et bénéficier de toutes les protections auxquelles il ou elle a le droit lorsqu’il.elle cotise.

Ces leviers permettent de sécuriser les trajectoires, tout en expérimentant des formes alternatives de financement et de valorisation du travail, inspirées du Revenu de Transition Écologique théorisé par Sophie Swaton.

Espaces de vie coopérative

La vie coopérative constitue un levier d’apprentissage collectif, d’entraide et de transformation. Elle repose sur :
  • Des cercles fonctionnels (pilotage, accompagnement, soin, communication, évaluation) dans lesquels les entrepreneur.es peuvent s’impliquer
  • Des espaces ressources thématiques ou par approche métiers (low-tech, santé-soin, alimentation durable, mobilité, etc.) qui permettent la mutualisation de pratiques. La dynamique de groupe amène parfois à la création d’activités collectives (sous une marque collective) ou plus ponctuellement à des coopérations entre entrepreneurs pour répondre à un marché public entre autres.
  • Une dynamique de dialogue et de contribution active, où chacun.e peut contribuer à la stratégie, aux outils, aux projets émergents
  • Des événements collectifs : AG, réunions “Vie coopérative”, séminaire de travail et de prospective, temps conviviaux,etc.

Ces espaces sont conçus pour favoriser une culture de la coopération, de réflexivité et de l’évaluation, et de co-responsabilité, afin de faire grandir le commun que constitue en soi TILT.

Depuis la création de TILT, l’évaluation de l’expérimentation du modèle CTE/RTE est une préoccupation. Dès 2020, avec l’appui d’un cabinet conseil spécialisé (Quadrant Conseil) une démarche et une boîte à outils de l’évaluation ont été mises en place. La démarche de réflexivité repose actuellement sur plusieurs outils :
  • Une fiche entrée au sein de la Coopérative et un tableau de bord de suivi de chaque entrepreneur.e,
  • Des entretiens-récits annuels (testés à la création de Tilt, ceux-ci sont proposés sous un format de 4h minimum et actuellement, en réflexion pour relancer la dynamique)
  • Un journal de bord partagé entre cercles
  • Des temps d’analyse de pratiques
  • Une démarche d’évaluation qualitative basée sur les effets (plutôt que les seuls résultats économiques)
Tilt teste de nouveaux équilibres économiques, où l’on sort de la seule logique marchande pour rémunérer aussi le soin, la gouvernance, la contribution à des communs ou à des projets d’intérêt collectif. Elle assume une forme d’hybridation entre projet marchand, expérimentation territoriale et dynamique d’épanouissement et de soin.

Principales sources de financement

Tilt s’appuie sur un modèle économique hybride, fondé à la fois sur l’autofinancement des entrepreneur.es via la contribution coopérative, sur des soutiens publics et sur des apports volontaires (dons, aides en nature ou prestations).

  • Contribution coopérative : chaque entrepreneur.e reverse une part moyenne de 12 % de sa marge brute mensuelle à la coopérative. Cette contribution constitue la principale ressource récurrente. 59 406€ en 2024
  • Subventions publiques : Tilt bénéficie du soutien de collectivités locales (Région, communes, ADEME, etc.) sous forme de conventions annuelles ou pluriannuelles ou de financements fléchés. Pour l’année 2024 il s’agissait de :
  • Maison des entrepreneurs (Région) : 25 340€
  • Métropole Européenne de Lille : 20 000€
  • Communauté Urbaine de Dunkerque : 10 000 €
  • Fonds Régional Troisième Révolution Industrielle (FRATRI - fonds ADEME-Région) : 16 492€
  • Ville de Lille : 1 000€

Par ailleurs, les entrepreneur.es de la coopérative développent une capacité à capter des fonds indirects via ses partenaires ou en répondant à des appels à projets collectifs (notamment sur des projets comme la cyclologistique ou l’alimentation).

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Le modèle économique de la coopérative Tilt reste fragile. L’enjeu est de renforcer la contribution coopérative apportée par les entrepreneur.es, ce qui signifie développer l’attractivité de la Coopérative en intégrant de nouveaux entrepreneur.e.s.

Le développement de prestations de services externes permettra de consolider le modèle de financement de la Coopération. En outre, l’enjeu est également de consolider les financements publics par le biais de conventions pluri-annuelles en particulier pour avoir plus de visibilité à moyen terme.

Enfin la piste du mécénat d’entreprise avec l’intervention du Fonds national RTEl sera prochainement mise en œuvre pour aller plus loin dans l’hybridation des ressources du modèle de financement de la Coopérative.

Le modèle contributif, levier d'autonomie


Dans son budget annuel, TILT réserve une enveloppe pour les services internes réalisés par les entrepreneurs au bénéfice de la coopérative et du collectif.

Le "budget contributif" de TILT permet d’offrir une contrepartie financière aux entrepreneur.e.s qui s’engagent et s’impliquent dans le développement de la Coopérative et son fonctionnement collectif (accompagnement, organisation, animation des cercles) selon une grille tarifaire (entre 30 € et 50 € de l’heure) et un outil de suivi qui assure la transparence des échanges.

La Coopérative est vue comme un “commun”. Le collectif des entrepreneur.e.s comme une ressource stratégique, et la gouvernance partagée mise en place vise à poser le cadre et les règles collectives de gestion et de développement du commun qu’est la coopérative.

La coopérative finance à elle seule près de la moitié du budget contributif. Son budget était de plus de 50 000 euros en 2025.

Chaque membre est appelé à contribuer selon sa disponibilité et la hauteur de l’engagement qu’il peut ou souhaite.

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L’approche contributive peut amener un certain flou dans le cadre de sa mise en pratique. Située à mi-chemin entre ce qui relève du bénévolat et ce qui peut relever d’une prestation de service (avec un cahier des charges clair, des objectifs de résultat et un délai de réalisation stricts), il est indispensable de clarifier précisément ce qui relève ou non de l’approche contributive et comment une contribution peut prendre forme (à l’instar du tableau ci-dessous).

L’approche contributive reste avant tout basée sur un engagement personnel et la volonté de contribuer au commun. La reconnaissance de l’engagement et la rétribution financière sont en effet importantes. La logique “gagnant-gagnant” doit animer les contributeur.trice.s. Cela ne doit pas se faire non plus au détriment d’un engagement bénévole ni conduire à une forme de précarisation ou d’exploitation des contributeurs actifs qui agissent pour l'intérêt collectif.

L’approche contributive et le budget contributif de Tilt en particulier s’appuient donc en particulier sur :
  • La liberté de participation
  • La transparence des engagements
  • La confiance accordée à chacun.e


La vie coopérative de Tilt ne se limite pas à une simple consultation : elle est un levier de transformation individuelle et collective, un espace d’expérimentation de nouvelles manières de travailler, de faire société et entreprise ensemble ! C’est ce qui fait la force de la coopérative.

Une logique de co-responsbailité et d'expérimentation

Chez Tilt, le travail repose sur la confiance, la co-responsabilité et l’expérimentation plutôt que sur une hiérarchie. Les entrepreneur·es s’impliquent dans des cercles fonctionnels selon leurs envies et compétences, soutenus par un budget contributif qui reconnaît les engagements collectifs et le travail “invisible”.

Cette gouvernance partagée favorise des innovations concrètes (pair-aidance, formations croisées, temps de soin reconnus…).

  • Cercle Pilotage : orientations stratégiques, finances, RH
  • Cercle Accompagnement : suivi des parcours CAPE/CESA, outils et formations
  • Cercle Soin : écoute, médiation, inclusion, prévention de l’épuisement
  • Cercle Communication : stratégie de marque, réseaux, supports

Chaque cercle se réunit mensuellement, dispose de rôles définis et d’outils partagés. Le budget est co-construit et validé collectivement, reflétant l’articulation étroite entre gouvernance partagée et modèle économique contributif.

Des temps collectifs pour renforcer la communauté

Tilt propose différents temps pour faire vivre le collectif d’entrepreneur.e.s et de sociétaires de la Coopérative :

  • Les réunions Vie Coopérative et autres Séminaires annuels : temps de travail et de temps conviviaux pour faire le point sur le fonctionnement de TILT, ses orientations, partager l’actualité brûlante de la Coopérative et des entrepreneur.e.s
  • Assemblées générales qui relèvent certes d’un certain formalisme, toutefois tous les entrepreneur.e.s sont invités à s’associer à la Coopérative et porter leur voix (1 personne = 1 voix) dans la gouvernance formelle de la Coopérative. Un collège spécifique “Salariés et Entrepreneurs-salariés” est d’ailleurs constitutif de la CAE.
  • Les formations et ateliers de travail collectif : qui sont des temps de formation-action, de rencontres, de mise en lien et de développement de synergie entre les entrepreneur.e.s de la Coopérative.
  • Les temps forts externes, à l’instar de l’Université éphémère : ils permettent renforcer la visibilité extérieure, ou encore pour capitaliser et valoriser ce que produit la coopérative et ses entrepreneur.e.s.

Gouvernance

En tant que Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC), TILT intègre d’emblée un modèle de gouvernance multi-parties prenantes : les entrepreneur.es, collectivités, entreprises, associations; structures de la finance solidaire, acteurs de la recherche et autres partenaires… l’ensemble de ses associés ou sociétaires participent à la gouvernance de la coopérative. Cela garantit une finalité d’intérêt collectif, une transparence dans les décisions et une gouvernance partagée, une personne égale une voix, dans laquelle chacun.e se sent reconnu.e et valorisé.e.

La gouvernance de Tilt s’articule sur deux niveaux principaux :
  • Une gouvernance stratégique et opérationnelle : regroupant l’équipe de direction et les cercles fonctionnels décrits précédemment ; cette gouvernance permet le pilotage et la gestion de la coopérative et en particulier, la mise en œuvre des actions et activités de la coopérative, la coordination des cercles de travail, mais également la co-construction de propositions d’orientation.
  • Une gouvernance politique et stratégique: incarnée par les Assemblées Générales, elle réunit l’ensemble des associés de la coopérative dont les entrepreneur.e.s eux- mêmes, pour valider les orientations majeures et garantir l’intérêt collectif de la SCIC.

Les sociétaires fondateurs de la SCIC Tilt en 2019 étaient au nombre de 6 :
  • Ville de Grande-Synthe,
  • Association Zoein France,
  • Maison de l’Initiative de Grande-Synthe,
  • BGE Flandre Création,
  • URSCOP Hauts-de-France,
  • Isabelle Robert (chercheure, Université de Lille)

Désormais en 2025, la Coopérative compte pas moins de 28 sociétaires :
  • près de 19 entrepreneur-salarié et associés
  • des associations (La Petite Pierre, le Réseau Transition Hauts-de-France -, les clubs CIGALES)
  • des entreprises (CargoElan)
  • des personnes physiques

Le Président de la SCIC Tilt est Nicolas DEVAUX, premier entrepreneur en CAPE arrivé en mai 2020, et associé à la Coopérative depuis 2022.


Implantations

  • Dunkerque et le bassin d’emploi du Dunkerquois : la ville de Grande-Synthe est le berceau bien que la commune ne soit plus active depuis la fin du mandat du précédent maire Damien Carême (en 2019).
  • Lille et le bassin d’emploi de la métropole lilloise : ouverture d’un établissement secondaire à la Maison de l’Economie Sociale et Solidaire de Lille. Une dynamique forte autour de l’entrepreneuriat et de l’ESS à l’échelle de Lille et de la Métropole permettent le développement de partenariats locaux à l’instar de LilleAvenir qui porte l’Ecole Etre de Lille.
  • Pas-de-Calais : en 2024, lancement d’un processus d’implantation sur le littoral (Boulogne-sur-mer) et dans l’ex-bassin minier, avec une logique de déploiement en tache d’huile et de maillage avec des structures de la société civile et les collectivités locales.

Partenariats structurants

Tilt s’appuie sur un écosystème coopératif riche réunissant acteurs de l’accompagnement, de la finance solidaire, de la transition écologique et collectivités. Ces partenariats soutiennent l’essaimage territorial, la formation, le financement et la structuration d’un cadre favorable à l’entrepreneuriat écologique.

La Métropole Européenne de Lille, la Communauté urbaine de Dunkerque et la Région Hauts-de-France accompagnent le déploiement de Tilt à l’échelle des territoires et son déploiement régional.

Économie sociale et solidaire : un ancrage dans les réseaux régionaux
Tilt est membre actif de l’URSCOP Hauts-de-France (Union régionale des SCOP/SCIC), et coopère étroitement avec la BGE Flandre Création, la Maison de l’Initiative ou Start’in ESS, qui apportent appui, expertise et relais territoriaux. Ces partenariats permettent d’assurer une orientation fine des porteurs et de nourrir les réflexions inter-structures.

Un partenariat est également actif avec le réseau régional des CAE :
  • Hauts-les-Coop (mutualisation de formation, CODEV Direction)
  • la CAE Opteos (portage Qualiopi) et A Petits PAS
  • le Germoir dans le Pas de Calais (sensibilisation)
  • Le réseau Apes
  • Little Big Women

Finance solidaire
Sur le plan financier, Tilt entretient des liens avec plusieurs acteurs de la finance solidaire : Clubs Cigales, France Active, Initiative France, qui interviennent via des dispositifs d’amorçage, des garanties ou du microcrédit. Ces liens permettent d’articuler financement classique et formes innovantes.

Coopérations inter-entrepreneur.ses et marques collectives

Tilt fait émerger des espaces ressources à géométrie variable, non fixes mais en développement permanent. Ils permettent de :
  • Mutualiser des pratiques par secteur (ex : vélo, soin, alimentation)
  • Monter des projets collectifs (groupes métiers, marchés groupés)
  • Porter des dynamiques territoriales (Loos-en-Gohelle, Ternois, etc.)

Ces espaces sont pensés comme des lieux de maturation d’initiatives, de maillage entre entrepreneur.es, partenaires et territoires. En effet, au-delà de l’accompagnement individuel, Tilt stimule activement les coopérations entre ses entrepreneur.es, à travers des dynamiques de mutualisation, de projets communs et l’émergence de marques collectives. Elles permettent de renforcer la lisibilité de l’offre Tilt sur un territoire, tout en valorisant la diversité des parcours et des approches.

Ces coopérations donnent parfois lieu à la création de marques collectives ou d’identités partagées, qui permettent de porter des offres communes. Ces marques ne sont pas imposées par la coopérative, mais co-construites par les entrepreneurs eux-mêmes.

Par exemple :
  • Filière vélo avec de la cyclologistique, du conseil sur la mobilité douce, de la réparation de vélo et du vélo-école
  • Le bien-être (co-animation d’ateliers, partages de lieux)
  • la RSE
  • La sécurité sociale de l’alimentation


Ressources pour aller plus loin

Intervenants : Jean-Christophe Lipovac (Zoein), Nathalie Bardaille (APES), Simon Ledez (Club Noé), Simon Sarazin (Optéos), Amélie Lefebvre-Chombart & Nathalie Bernard (Chair ESS)

Amélie Lefebvre-Chombart :
[https://enp.chairess.org/]
[https://chairess.org/territoire-zero-chomeur-de-longue-duree/]
[https://chairess.org/wp-content/uploads/2018/10/PPT-séminaire-octobre.pptx]
[https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01922002/file/Innovation%20sociale%20et%20territoires%20de%20montagne_Koop%20Landel%20Senil%20_2018.pdf]

Simon Sarazin :
[http://documentation.opteos.fr/wiki/Retribution]
[https://movilab.org/wiki/Coremuneration]
[https://victorecrement.xyz/Petit-manuel-du-budget-contributif-f15824ddab354afaa39542dadb187137]